Natacha: de la prostitution à la foi

Histoire d'une conversion Natacha se redressa avec peine, enfila ses chaussons et se dirigea vers le minuscule cagibi humide qui lui tenait lieu de salle de bains. Au dessus du lavabo, était accroché ce qui lui restait d'un miroir. Ses yeux cernés, son teint pâle, son extrême maigreur lui provoquèrent un léger mouvement de recul. Mon Dieu, était-ce bien elle ? Qu'était-devenue la charmante jeune fille, un peu timide, qui avait débarqué à Paris deux ans plutôt, des rêves plein la tête ? Une voix masculine la ramena à la réalité: '' Natacha ! J'ai mis l'argent sur la table. A la semaine prochaine ma poulette. ''


Au bruit de la porte qui claqua elle sursauta et courut tirer le loquet de fer, de peur qu'il ne revienne. Celui-là était un habitué, et quelquefois il demandait à rester pour la nuit. Fini ! Son dernier client pour la soirée était parti. Elle s'assit sur le vieux lit, dont le bois usé craquait au moindre mouvement et attirait les foudres de sa logeuse qui avait la malchance d'avoir une chambre juste en dessous.Une rapace, celle-là qui louait ses cages à poule à prix d'or, mais elle n'y pouvait rien; c'était tout ce qu'elle avait trouvé, et c'était mieux que de dormir dehors.


Le regard de la jeune femme se posa sur la liasse de billets pliée sur la table de chevet; mais contrairement à son habitude, elle ne se pressa pas de les compter. Une douleur lancinante lui arrachait des plaintes sourdes. Georges... son plaisir à lui c'était de voir la peau de la jeune femme rougir sous les mégots de ses cigarettes. Son bras était parsemé de cicatrices, son ventre aussi. Elle en avait marre de lui, mais c'était le plus généreux de ses clients et cet argent elle en avait désespérément besoin, oui elle en avait besoin, pour son fils Nicolas, resté avec sa grand-mère. Elle voulait lui donner un avenir. C'était pour lui qu'elle se sacrifiait.


''En attendant, tu dois résister Natacha, tu dois résister .'' essaya-t-elle de se convaincre. Oui mais pour combien de temps encore ? Par souci d'économie, elle ne mangeait presque pas et avait maigri plus que de raison. Elle se promit de faire quelques vrais repas pour pouvoir tenir encore un peu. Mais au fond d'elle, la jeune femme sentait qu'elle ne pourrait plus tenir longtemps. Quelques uns de ses clients ne se contentaient pas simplement d'un peu de plaisir, mais la violentaient avec brutalité, sûrs qu'ils la payaient grassement pour cela aussi. Demain elle allait revoir Bernard, un nouveau. Bernard et ses lanières de cuir, pour la deuxième fois.


Natacha sentit un poids immense s'abattre sur ses épaules. Non, c'en était trop, elle ne pourrait pas en supporter davantage. Dégoûtée de tout, surtout d'elle-même, elle s'effondra sur le sol, secouée de spasmes douloureux. Prostrée sur le sol en terre, elle pleura, pleura et pleura encore, jusqu'à en perdre la voix. Elle voulait par ses larmes laver son corps, sa peau que des mains sales et perverses avaient pétri, mais peine perdue; leur souvenir n'était que plus vivace. Hébétée, la jeune femme se releva péniblement et alla se rincer le visage à l'eau froide. Cela lui fit du bien. Elle revint se blottir contre la seule chose de valeur qu'il y avait dans la pièce: une couverture bien chaude qu'elle s'était permise d'acheter pour se protéger du froid. Elle attrapa un livre noir dans lequel était le portrait de son petit garçon, et contempla longtemps le visage chérubin du garçonnet dans les bras de sa grand-mère. Il avait 3 ans sur la photo. Son père l'avait abandonné dès qu'il avait su qu'elle était enceinte. Un faible sourire anima son visage à l'idée qu'elle le reverrait bientôt.


Elle allait reposer la photo dans le livre lorsque ses yeux tombèrent sur ces écrits :''Car ton créateur est ton époux: L'Eternel des armées est son nom; Et ton rédempteur est le Saint d'Israël: Il se nomme Dieu de toute la terre'' ( Esaie 54:5). Quelles étranges paroles ! Natacha resta interdite et relut une deuxième fois le passage pour être sûre qu'elle avait bien compris. Au fur et à mesure qu'elle lisait, des larmes ruisselaient sur ses joues. Ce livre appartenait à sa grand-mère, elle le lui avait offert lors de son voyage mais Natacha ne l'avait jamais ouvert.


Elle allait tourner la page lorsqu'à l'intérieur d'elle, une voix ferme et impérieuse lui intima : '' ''Pose ça, aurais-tu oublié qui tu es ? Ce n'est pas pour toi. '' Cette voix était la sienne, sa conscience crut-elle. Elle eut honte, referma le livre et le posa sur la table, mais les quelques mots qu'elle avait pu lire l'avaient émue. Elle regarda le livre, et le regarda encore, puis il lui sembla que... Oui , c'était ça ! Maintenant la jeune femme se rappelait les mots que sa grand-mère avait prononcé en le lui offrant : '' Ma chère Natacha, quoique tu cherches, tu le trouveras dans ce livre, ne l'oublie pas'' . ''Quoi que je cherche...'' songea t-elle. La jeune femme ne résista pas à l'envie de le lire encore. Avec d'infinies précautions, elle le reprit et allait tourner les pages lorsque la même voix l'arrêta. Curieusement, elle ne ressemblait plus tout a fait à la sienne: '' Tu es une P...'' entendit-elle . Elle sentit un feu ardent sur son visage de nouveau, et la honte l'envahir; après tout, et si ce livre n'était qu'un livre parmi d'autres ? se dit-elle. '' Quoi que tu cherches... '' avait dit sa grand-mère.


D'un bond, comme mue par une force étrange, la jeune femme ouvrit frénétiquement le livre. '' Natacha, non ! '' entendit-elle. Elle voulait savoir ce qu'il contenait, quelles étaient ces paroles, si belles, si étranges! '' Natacha, tu es une C...'' lui criait la voix, mais elle n'écoutait plus, pas plus qu'elle ne prêta attention au feu soudain qui s'était allumé en elle et dévorait tout son être. Son corps tremblait violemment, comme si des forces obscures s'étaient emparés d'elle. Une douleur horrible dans son corps, la projeta au sol. Natacha eut peur, mais comprit que la solution était dans ce livre. Elle le lirait, même si elle devait en mourir.


Elle se releva péniblement et au prix d'efforts titanesques, parvint à saisir le livre.Le visage baigné de larmes,elle tomba sur ce passage : '' Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos...'' mais la voix continuait : ''Natacha, sale G... ! '' ''Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique'' et la voix hurlait : '' Dieu est saint, il ne peut pas t'aimer, pas toi tu entends ? Mais Natacha qu'une lumière nouvelle auréolait et fortifiait, continuait encore et encore. Comme ses mains tremblaient avec violence, il lui semblait qu'une main invisible lui tournait les pages qu'elle devait lire : '' Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner...''. Et elle lut dans le livre presque toute la nuit. Après avoir lu, pleuré, pleuré et lu, elle se mit à genoux sur le sol froid. La voix horrible cessa et le feu qui la rongeait diminua . Épuisée, elle balbutia faiblement: '' Seigneur Jésus, je me sens si indigne.....mais je t'accepte si tu veux bien de moi''.


Immédiatement des flots de lumière pénétrèrent en elle, et ses larmes firent place à la sérénité, à la paix et à l'amour de Dieu. Natacha ne vit pas les nuages noirs qui s'éloignaient rageusement d'elle en toute hâte, pas plus qu'elle ne vit les anges qui l'entouraient adorer Dieu. Mais moi je vis le Père poser sur elle un sourire radieux ; je vis Jésus qui la recouvrait d'un voile blanc et je vis l'Esprit Saint apporter la bonne nouvelle à sa grand-mère, qui avait passé une grande partie de la nuit à prier pour sa ''chère Natacha'' .

Natacha P.

Le nom a été changé pour préserver l'anonymat


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